Quelques débats sur la prison

  • « Prison : le sens de la peine », débat, notamment sur les courtes peines, avec Karim Mokhtari,  auteur du livre Rédemption, ayant connu quinze établissements pénitentiaires entre quinze et dix-huit ans, engagé depuis 2012 pour un changement du monde carcéral, vice-président de l’association Carceropolis (plateforme internet qui donne à voir la prison autrement) ; Alexandre Bouquet, directeur du centre pénitentiaire d’Écrouves, secrétaire national du Syndicat national des directeurs pénitentiaires, ex-directeur-adjoint de la maison d’arrêt de Nice ; Virginie Gautron, maître de conférences en droit pénal à l’Université de Nantes, ayant soutenu une thèse sur les politiques publiques de lutte contre la délinquance ; Marie Cretenot, de l’Observatoire International des Prisons.

 

  • « Prison : l’impossible décroissance carcérale ? Et si la solution était ailleurs« , avec : Francesca Vianello, sociologue du droit, professeure à l’université de Padoue, travaillant sur les inflexions pénales prises par l’Italie après l’arrêt pilote de la Cour européenne des droits de l’homme de 2013 et sa condamnation pour surpopulation carcérale ; Laure Anelli, membre de l’Observatoire international des prisons et rédactrice en chef de la revue Dedans-Dehors, enquêtant sur les pratiques des voisins européens, ayant coordonné le dernier numéro sur la décroissance carcérale ;Séverine Delacour,vice-procureure au tribunal de grande instance de Meaux, cheffe de service au pôle exécution, application des peines et entraide pénale internationale, membre de l’Union syndicale des magistrats ; André Vallotton, chargé de cours à l’université de Lausanne et expert auprès du Conseil de l’Europe sur la question carcérale.

fiche de lecture

 

 

 

CONSIGNE FICHE DE LECTURE

 

Contraintes formelles : 

  • Résumé : maximum 6000 signes espaces non compris.
  • Longueur minimale de l’ensemble de la fiche : 7000 signes, espaces non compris.
  • Le résumé ne peut être plus long que le commentaire.
  • Commencer chacun de vos paragraphes par un alinéa de 1 cm.
  • Laisser une marge à gauche d’au moins 3 centimètre.
  • Bien séparer chaque partie en mettant en titre « résumé », puis « commentaire ».
  • Attention : indiquer le nombre de caractère à la fin de chaque partie !
  • Paginer.
  • Justifier le texte.

 

Sur le résumé : 

Le but du résumé est de proposer une synthèse de l’oeuvre. Il devra donc être fidèle à la pensée de l’auteur, dégager les points les plus importants et ne pas s’attarder sur les détails.

NB : Le résumé ne devra comprendre ni citations, ni références extérieures, ni mention des pages.

 

Sur le commentaire :

Le commentaire de l’oeuvre doit vous permettre de développer une réflexion inspirée par votre lecture.  En vous appuyant sur des passages précis de l’oeuvre, vous devez donc la mettre en regard avec vos pensées personnelles, des exemples tirées de la vie quotidienne, de l’art, des sciences ou de l’actualité.

Attention à quelques écueils :

  • La paraphrase : erreur classique, la paraphrase consiste à répéter avec des mots différents les idées contenues dans l’oeuvre. Si, en relisant votre commentaire, vous vous rendez compte qu’il n’y a pas d’idées nouvelles, d’informations supplémentaires par rapports à celles présentes dans l’oeuvre, c’est qu’il faut le retravailler.
  • Du mauvais usage des citations : attention aux commentaires principalement composées de citations juxtaposées. Les citations servent à servir de point de départ ou à appuyer votre propos, pas à le remplacer.
  • Introduire les citations. Ne pas les mettre simplement comme ça, en phrase indépendante, déconnectée de l’argumentation.
  • Ne pas répéter la même idée.
  • Apporter des idées nouvelles, non-explicites dans l’oeuvre.

 

Conseil :

  • N’hésitez pas à vous concentrer sur un passage précis de l’oeuvre qui vous aurait intéressé. Ne pensez surtout pas que vous devez parler de toute l’oeuvre dans le commentaire.
  • Réfléchir, avant de vous lancer dans le commentaire, à ce que vous avez envie de dire, à là où vous voulez aller.
  • Faire un plan, même basique, pour structurer la pensée et votre devoir. Permet de fixer les citations à des idées bien précises et de ne pas les accumuler.

Exemple de fiche Lindgaard/Epicure

 

Introduction :

L’année 2015 a été une année où l’on a beaucoup parlé du climat, en grande partie grâce à la COP21 s’étant déroulée au mois de décembre à Paris. Mais le climat est une question complexe : elle nous parait très lointaine, abstraite, et pourtant nous savons que l’humain y joue un rôle clé. Comment parler du climat dans ces conditions ? C’est ce qu’essaye de déterminer Jade Lindgaard, journaliste à Médiapart, dans son livre Je crise climatique.

Etant moi-même écologiste convaincu, taraudé par l’idée de la responsabilité du mode de vie occidental dans la crise climatique en cours et à venir, ce livre m’a naturellement intéressé, mais j’ai trouvé que Jade Lindgaard passait à côté de son objectif de donner un message d’espoir.  La raison de cet échec se situe – à mon avis – dans sa réponse ambiguë à la question des besoin.

Je commencerai par dire pourquoi j’ai trouvé que Je crise climatique était un bon livre de sensibilisation aux réflexions sur le rapport entre l’individu (occidental) et le climat. Je montrerai ensuite mon désaccord sur le traitement de la question des besoins, qui – si l’on adopte un point de vue épicurien – permet effectivement de conclure comme elle le fait, sur une perspective optimiste et joyeuse.

 

I/ Ce qui m’a intéressé.

A. Les problématiques de la pédagogie écologique.

a) Thématique anxiogène. EX : titre du Monde « 5 rapports du GIEC, 5 chiffres alarmants. »

b) Complexité de la question/ discours scientifique parfois confus. -> EX : rapport du GIEC, illisible, même dans sa version de synthèse.

B. La « méthode Lindgaard. » : la proximité avec le lecteur via elle-même.

a) Une narration fluide. EX :

b) Des exemples très concrets. EX :

 

 

II/ Une divergence fondamentale sur la réponse à apporter : le problème des besoins.

A. La critique des besoins par Jade Lindgaard ?

a) Une impossibilité de penser en terme de besoin ?

A la page 193, dans le chapitre intitulé « Nos vies fossiles », Jade Lindgaard parle de nos besoins primaires, manger, boire, respirer, mais pour expliquer que nous ne pouvons pas en faire la base de nos revendications, puisque même ces besoins primaires sont sujets à variations. Elle s’interroge : « respirer quoi? », « Vous êtes prêt à ingurgiter quoi? ». L’eau, l’air, la nourriture étant, de facto, pollué, elle discrédite une éventuelle revendication à un mode de vie basique, mais sain.

De là, elle déconstruit la notion même de jugement des besoins, discréditant notre prétention à faire des choix judicieux, page 206 : « On ne peut plus séparer les faux besoins des vrais, mais on ne peut pas pas satisfaire tous les besoins. Cette impasse théorique nous verrouille dans un dilemme infini. Il faudrait donc penser autrement. Par exemple, au lieu de s’interroger sur nos besoins, se demander si cette question n’est pas complètement absurde. Quelle prétention, d’abord, à croire que nous savons ce qu’il nous faut. Que nous sommes lucides et bien informés sur ce sujet impossible. »

b) Non.

Pourtant, un tel raisonnement aboutit automatiquement à une insatisfaisante aporie. Si nous considérons comme impossible d’être bien informé et de faire des jugements éclairés, alors il ne nous reste plus que la résignation et l’inaction. Le concept même de citoyenneté serait vidé de son sens, puisque nous ne pouvons exercer notre rôle de citoyen qu’en supposant que nous bénéficions d’une information valable (ce qui ne veut pas dire que cette information nous est immédiatement donnée). Il nous appartient de rechercher les sources d’informations les plus fiables possibles, afin de prendre les décisions qui s’imposent.

Une fois ceci admis, le jugement des besoins s’avère possible, même si – pour reprendre une phrase de Jade Lindgaard, p.193 – « c’est une revendication politique ».

Ce n’est pas parce que les besoins primaires (respirer de l’air pur, manger de la nourriture saine, boire de l’eau non-polluée) ne sont pas respectés aujourd’hui qu’il ne faut pas s’en réclamer. Pour se guider dans la mise en place d’une hiérarchie des besoins, l’écologiste peut se référer à une longue tradition philosophique (déjà mentionnée par Jade Lindgaard  à la page 194), mais dont la leçon la plus claire et la plus accessible est peut-être celle d’Epicure.

 

B. La solution épicurienne. 

a) La hiérarchie des désirs.

Dans sa Lettre à Ménécée, Epicure établit une hiérarchie des désirs :

  • Les désirs naturels et nécessaires, comme manger, respirer ou boire.
  • Les désirs naturels, mais non nécessaires.

Epicure met en place un principe de calcul systématique des désirs, en les rapportant toujours à un ratio coût/bénéfice.

Mais le changement climatique n’était pas un problème au temps d’Epicure. Au XXIème siècle, alors que nous sommes entrés dans l’anthropocène, il faut prendre en compte ce nouveau paramètre : nous polluons et, en polluant, nous participons à créer de futurs déplaisirs, pour nous ou pour les autres.

Si la portée du calcul diffère, le principe reste le même : est-ce que le plaisir que v a m’apporter la satisfaction de ce désir en vaut la chandelle, c’est-à-dire (notamment) la douleur qui en résultera sur le long terme ?

b) La solution dans la comparaison systématique ?

Cette approche méthodique permet enfin de se débarrasser du piège rhétorique du « tout ou rien » qui est parfois opposé aux écologistes et dans lequel Jade Lindgaard elle-même semble tomber. A la page 167, elle écrit : « Je revois aussi cette passagère d’un vol Paris-Nantes que plusieurs dizaines d’activistes du Camp Action Climat moquaient en 2009, comme ses autres compagnons de vol, pour leur choix de voyager aérien alors que deux heures de train suffisaient pour parcourir le même trajet. « Et ton tee-shirt, il vient d’où ? » avait-elle crié à la figure d’une jeune femme, qui s’en était sortie par ce qui sonnait comme un piteux mensonge : « Euh…c’est de la fripe. »

Ici, par l’emploi de la comparaison « comme un piteux mensonge », la journaliste conforte l’objection lancée par la passagère. Pourtant, cette objection n’est en rien valable. Un voyage en avion Paris-Nantes n’est en rien comparable avec le fait d’acheter un tee-shirt. Et là encore, la philosophie épicurienne aide à démonter les mécanismes de ce piège rhétorique : le voyage en avion fait partie des désirs ni naturels, ni nécessaire, tandis que le fait de porter des vêtements relève – dans la plupart des cas – des désirs naturels et nécessaires. Si je ne porte pas de vêtement, je risque de mourir de froid ou – au moins – de tomber malade. Si je ne prends pas l’avion pour rejoindre Nantes depuis Paris…eh bien c’est tout.

Les détracteurs des écologistes veulent faire croire que l’écologie prône un retour en arrière considérable, comme si les hommes ne devaient plus polluer du tout. C’est évident un raccourci trompeur et absurde. Nous sommes obligés de polluer. Mais l’important n’est pas de ne plus polluer du tout (impossible sauf par le suicide), c’est de polluer le moins possible, de manière à échapper autant que possible aux conséquences catastrophiques du réchauffement climatique.

 

 

III/ L’empowerment de la joie épicurienne.

A. La possibilité de la joie.

Point de départ : p.188 « ce monde écologiste par défaut serait infiniment raisonnable. Comment saurait-il nous exciter, nous euphoriser autant que l’actuel défouloir polluant ? »

Réaction : la philosophie du plaisir d’Epicure montre que le monde écologiste permet de trouver excitation et plaisir dans un monde écologiste.

B. Approche optimiste intéressante de Jade Lindgaard sur l’empowerment.